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 Dzaria, la Mère Venin

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Eris de Vorante

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MessageSujet: Dzaria, la Mère Venin   Lun 14 Avr - 15:16



Le soleil de ce début du Phénix frappait atrocement les murs immaculés du petit palais Al Farhistan bien qu'il ne fusse pas encore midi. En ces jours de chaleur, le sang bouillonnait dans les veines, et la princesse Dzaria ne retenait plus ses colères.

On pouvait sentir l'encens embaumer la pièce, quand la modeste Shandra reçut la directive de calmer les humeurs flamboyantes de sa maîtresse. Le boudoir ouvert sur un jardin couvrait ses fenêtres sous des tentures d'un genre raffiné. On y baignait dans le faste capiteux d'une culture rayonnante, parfumée de jasmin. Attablée devant son narguilé, la maîtresse lambinante laissait son amertume planer dans l'air avec les volutes soufflées de sa fumée. Sa longue et épaisse chevelure noire aux reflets bruns évoquaient la chaleur d'une riche toison parfumée. Le teint satiné de son visage à l'expression plus ferme qu'un minerai ne semblait pas trahir l'âge avancé de la princesse vabbianne. Elle usait avec astuce de riches ornements pour sublimer une beauté impérieuse et autoritaire et ses tenues n'avaient rien à envier à celles de Lucrèscia. Soucieuse de son apparence, elle ne prenait cependant pas la peine de dissimuler ses longues et fines mains qui elles seules avaient l'aspect de leur âge. Elles devaient servir à assoir son autorité sur la base de son expérience dont elles étaient le symbole. Allongée dans le velours d'un divan, elle songeait aux premiers jours de son retour au royaume de Kryte, à sa fastidieuse première rencontre avec le prétendant de Faraï.


"Shandra, quelle chance as-tu... toi qui n'a rien pour toi, tu n'as rien dont il faut te préoccuper, ni rien à sacrifier. Je t'envie, ma bonne fille.

- Je...  " Shandra ignorait encore comment considérer les paroles de sa maîtresse. Fallait-il être vexé ? Après tout, elle représentait elle même tout ce que l'odalisque possédait.

Un silence plana


"Aahh ! soupira Dzaria. Ma douce loyale... oui, tu as de la veine de n'avoir ni fille à marier ni neveu à sermonner ni mari à satisfaire ni... ni... singes à nourrir..." Dzaria considéra vaguement et avec le dédain qu'il lui correspondait, une récente réfugiée de l'Arche du Lion entrée à son service.
Le silence de Shandra suffit à illustrer son scepticisme. Elle qui ne se considérait pas si différente de cette réfugiée, était-elle une guenon ?
Elle chassa ces étranges pensées de son esprit pour mieux s'occuper du plateau de fruits rouges et d'agrumes qu'elle devait chasser de la précieuse vue de sa dame.

Dzaria souffla un nuage de fumée en laissant le tube du narguilé en suspend, face à ses lèvres et parla : "L'amour est si incommode. Il est dommage qu'on ne l'éprouve pas qu'envers ceux qui nous correspondent et nous ressemblent. Faraï aurait été tellement heureuse avec Tarek Khamsin. Une physionomie appréciable couplée d'un amour pour les traditions et un talent pour la métaphore, dit-on. Ksss.... Que je suis lasse du coeur des jeunes ! Si changeant, si inconstant, variable et capricieux. Lyss la Divine nous enseigne comment nous méfier des illusions de nos propres sentiments... et de la déraison qui nous guide lorsque l'on aime sans se soucier. Il me faut avoir une conversation avec ma fille... M'entends-tu Shandra ? Il me faut me recouvrir de la patience de la maternité... et prier la Déesse de me préserver des vergetures car je sens que cela ne sera pas de tout repos. Shandra...? Shandra !

- Oui, maîtresse ! Pardonnez moi, maîtresse... Maîtresse est la voix de la raison.

- Ton bon sens parvient à m'apaiser, Shandra. Un peu. Mais par le feu, le gel et la terre, je suis désespérée à l'idée de devoir lutter pour les droits de ma famille. Non seulement pour ses droits mais pour sa restauration ! Célérion l'in-marié n'a rien pratiqué de bon pour sa famille en notre absence. Il lui faut se ressaisir. Lui aussi devra trouver épouse et engendrer héritier. Je suis bien en peine d'avouer que si Faraï n'enfante pas, il sera l'un des rares à pouvoir perpétuer notre sang et notre nom. Et sa soeur, Kaushalya, dont nous n'avons plus de nouvelles depuis trop longtemps. Il faut nous la ramener. Shandra... Shandra...? Shandra où vas-tu ?!

- Pardonnez moi maîtresse. Je m'en vais quérir votre courrier." La jeune odalisque prit la direction de la sortie du boudoir, pour accomplir sa tâche quotidienne.

Dzaria se retrouvait seule avec sa conscience, qu'elle maîtrisait assez bien. Aspirant une bouffée de narguilé, elle planta de son regard reptilien, cette réfugiée dont l'origine ne l'intéressait pas. Sa présence laissait Dzaria se rendre compte à quel point les temps avaient changés : L'Arche du Lion détruite, une jeunesse désintéressée, des traditions bafouées, une noblesse abusive et égoïste. Tout cela la rendait pressée de prendre un nouveau départ, sur un nouveau monde, de nouvelles terres, celles d'Elona qu'elle rêvait de reconquérir.

Shandra revint face à la princesse pour lui présenter à genoux un coffret qui lui était destiné : " Cela est un présent de la part du clan Al Khazar, Maîtresse.

- Eh bien ouvre le dont ! Ne vois-tu pas que j'ai les mains occupées ?"

Le coffret renfermait un splendide cimeterre elonien. Paré de ses joyaux de profusion, l'apparence de l'arme suggérait la férocité et la majesté d'un lion. Objet de parade et de combat, ce chef d'oeuvre était décrit dans une lettre adressée à Dzaria, comme le gage d'un désir de liaison saine entre les deux clans.

La vabbiane arqua son auguste sourcil noir au dessus de son grand oeil perçant lorsque celui-ci parcourra les lignes de la missive qui accompagnait le coffre. De sa forte voix, elle cita : "Kssssss, ... "la plus pure des lignées elonienne"... "Yashar Ibn Parvin Al Khazar..." "Ne plions devant personne..."

Dépitée, elle frappa contre sa table basse du côté de la main tenant la lettre, avant de s'écrier : "Quelle vantardise ! A qui croient-ils qu'ils ont affaire ? Il est déjà exceptionnel que j'ai accepté de rencontrer le soupirant de ma fille... on nous a pratiquement demandé d'abandonner notre nom. Hors de question. Les négociations seront rudes. Les Six soient loués, nous sommes revenus vivants de ce cauchemar, et nous avons le loisir désormais de redresser comme il se doit le clan de nos ancêtres. Par le sang du désert, celui de Ma Dame, le pourpre dans nos veines."

Shandra observait depuis sa position reculée, l'expression de la détermination de sa princesse marchande. Discrète, humble et repliée sur elle même, elle craignait pour l'avenir de Faraï, sa bonne maîtresse. Elle espérait, de tout coeur, qu'elle ne soit pas livrée en pâture à un vil reproducteur, qu'il fusse descendant du peuple des dunes, ou non. Un sifflement à ses pieds la fit bondir sur place. Une main au coeur pour calmer ses palpitations, elle chercha l'origine de son sursaut quant elle posa les yeux sur un naja haje, un cobra elonien qui rampait au sol pour gagner le bras de Dzaria incliné vers le reptile.

"Dalila ne te fera pas de mal, Shandra. Tu ne devrais pas en avoir peur. Tu nous est trop utile pour que nous puissions avoir l'envie de nous passer de toi." Dzaria ricana seule, fière de son humour noir. Elle leva le serpent à hauteur de son visage, pour en contempler le regard acéré.

" Que ne suis-je pas prête à faire pour le bonheur de ma fille… ? C'est à Hiram Vaarhani qu'il faut le demander."  




Dernière édition par Lucrèscia de Barentorn le Mar 3 Juin - 22:22, édité 1 fois
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Eris de Vorante

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MessageSujet: Re: Dzaria, la Mère Venin   Mer 7 Mai - 4:44



Spoiler:
 
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Eris de Vorante

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MessageSujet: Re: Dzaria, la Mère Venin   Dim 1 Juin - 3:50




Au matin du 62 Phénix 1327...
 


Il était fort tôt lorsque les premiers rayons de l'aube se mirent à flatter les paupières de Dzaria Al Farhistan. Fidèle à son habitude de se lever avec l'aurore, la princesse se fit toutefois violence pour sortir de son lit de ci bonne heure. Mais déjà la fraicheur de la nuit laissait place petit à petit à la chaleur du Phénix et la dame savourait bien cette atmosphère de paix en cette matinée teintée de pourpre et de brume. Shandra entra dans la chambre de la princesse quand elle entendit la clochette la sonner. Elle trouva sa maîtresse nue devant sa coiffeuse, où elle prenait le temps de soigner sa chevelure des affres nocturnes. L'odalisque ne se fit alors pas prier pour entamer le rituel matinal. Elle fit le lit, chaussa les pieds de sa maîtresse, ajusta sa robe de chambre de satin et la conduisit jusqu'à sa salle de bain pour entamer sa toilette.

Plongée dans son bassin de marbre après une douche froide, Dzaria triturait des pétales de lotus entre les remous enlacés des ondes, en même temps que l'odalisque la détendait d'un massage. "Sais-tu si Célérion a dormit ici cette nuit, Shandra ?

- Il a dormi ici cette nuit, maîtresse.

- Bien, alors je m'entretiendrai avec lui. Tu iras le chercher. Mais maintenant je souhaite déjeuner.

- Bien, Madame."

Shandra cessa de froisser l'éponge imbibée contre les épaules de l'elonienne, pour se diriger vers les cuisines, laissant un moment d'intimité et de reflexion à la princesse. Cet instant s'acheva avec l'arrivée d'une autre servante qui vint prendre le relais, lorsque le bassin de marbre fut quitté de sa nymphe. "Je vais m'occuper de moi Myriam. Va plutôt prévenir Shandra que je souhaite déjeuner avec Célérion. Qu'il vienne me rejoindre dans ma chambre."

Les désirs de la princesse sont des ordres. Célérion, bien qu'il n'en avait guère le désir profond, céda à la demande de sa tante. La mine plutôt belle, la soirée de la veille lui avait été tendre et agréable. Ses pensées allaient vers Gréghory tandis qu'il revêtait ses babouches et sa robe de chambre cramoisie pour finir de se préparer. En s'inspectant dans la glace, il cherchait à éliminer les imprefections sur son visage qui étaient susceptibles d'iriter son intolérable parente. Il porta sa main à sa tignasse brune quand il remarqua la chevalière aux armes des McDorf que son amant lui avait offerte. Elle enlaçait son annulaire droit, aux côtés de sa chevalière familiale qui elle trônait sur l'auriculaire de la même main. Bien las d'imaginer ce qu'il pourrait arriver si Dzaria voyait le bijoux McDorf à son propre doigt, il s'en sépara à contrecoeur pour la poser dans un écrin sur la commode de sa chambre. Myriam revint prévenir le maître :" Madame vous attend, le thé est servit dans sa chambre."

Célérion traversa la gallerie qui séparait ses appartements de ceux de Dzaria. Ce n'était pas sans inquiétudes. Il aurait aimé que cette gallerie n'en finisse jamais. Doucement, sa main vint toquer à la porte de la pièce qui attendait sa venue. De l'intérieur, la voix grave de Dzaria l'autorisa à y pénétrer. "Excusez moi, Madame, de vous avoir faite attendre.

- Vient t'assoir, Célérion."

D'une main, elle présenta la table basse sur le tapis du centre, cerné de coussins aux motifs luxuriants. Son neveu s'avança en veillant à observer où il mettait les pieds. Il n'avait guère envie de trébucher sur l'un de ses serpents habilement camouflé au sol. La manie qu'avait leur maîtresse de les laisser en liberté n'était pas pour le rassurer. Il s'installa néanmoins.





Le déjeuné était servi sur la table. Tout semblait appétissant, sans compter l'arôme du thé à la menthe qui ne pouvait que donner l'envie d'y goûter. Célérion ne toucha rien cependant. Il observait Dzaria qui achevait de peindre sa main de raffinements au henné. Celle ci leva son regard reptilien vers lui. "Ne sois pas si tendu. Je ne t'invite pas pour guerroyer, Célérion. A bien y réfléchir ce n'est pas à toi que je devrais m'en prendre mais plutôt à ta soeur. Kaushalya n'a de cesse de me narguer dans ses lettres. Il me ferait plaisir de lui apprendre à vivre. Sa famille ne l'intéresse pas autant que toi. Tout ce temps durant notre absence à moi et à ton oncle, c'est toi qui t'es occupé de cette maison, de ses gens, de notre commerce.

- Comment dois-je considérer cela, ma tante ? Serait-ce une trêve que vous me proposez ?

L'elonien n'en demeurait pas moins méfiant. La main de Dzaria venait lever la théière d'argent pour verser les flots d'or du thé chaud dans chaque verre, faisant mousser les remous.

"Je ne peux pas permettre que cette famille sombre dans la déchéance. Et ce ne peut s'empêcher sans toi. Tu es l'un des pilliers de cette génération et ta descendance aura un droit de regard sur nos biens.

- En théorie, du moins... accepteriez vous que l'enfant de Kaushalya touche quoi que ce soit qui ai pu appartenir à vos parents ?

- Célérion. Notre famille a toujours su faire cohabiter la passion et la raison. Nous nous sommes toujours accomodés de cette dualité, et avons toujours su employer les masques adéquats pour nous préserver. Ton amour pour Gréghory McDorf... fait pencher cette balance et tu ne te livres plus qu'à la passion.

Célérion laissait faire sa tante dans sa manoeuvre de préparation, attendant qu'elle ne lui permette de se servir tout en l'écoutant.

- Madame, il n'est pas dans la raison de la famille McDorf de laisser les siens souffrir...

- Tu n'es pas un McDorf ! Célérion.

- Lyss m'a guidé vers l'un d'entre eux. Je ne souhaite pas voir Gréghory souffrir d'une liaison secrète qui ne pourrait aboutir sur quoi que ce soit.

- Il est un prêtre. Sa vie est entre les mains des Six. Pas entre les tiennes.

- Il est un prêtre et devrait avoir beaucoup à vous enseigner, Madame, sur la valeur d'une vie saine. Ce que vous voulez n'a rien de sain pour lui.

- Ce qu'il y a de malsain c'est votre relation !

Célérion ne put émettre aucun son de plus lorsqu'il fut heurté aux paroles de sa tante. La guerre, Dzaria venait de la déclancher. Il décida néanmoins de garder son sang froid. Ses mains ne pouvaient que se crisper sur son pantalon bouffant, à défaut de pouvoir le faire autour de la gorge de la Mère Venin.
Dzaria posa l'un et l'autre plateau de pâtisseries partagées équitablement devant elle et son neveu avant de reprendre sur un ton plus calme.

- Mais enfin qu'espères-tu lui offrir, Célérion ? Qu'espères-tu t'infliger à toi même ? Si vous continuez sur cette route, vous serez exposés à des foudres certaines. Vous oubliez vos naissances et l'humanité qui peine à s'en sortir. Si vous continuez, mon neveu, cela finira par te faire du mal sans lui faire du bien, car se serait renoncer à trop d'opportunités et s'exposer à trop de dangers.

- Je ne veux plus rien entendre.

Dzaria s'adressa à un mur. Elle acquiesça dans un silence pour ne pas laisser jaillir sa colère. Présenté à lui, le verre de thé fut saisit par Célérion. Celui ci et ne se fie pas prier pour le vider de son contenu rapidement, pressé d'en finir avec ce déjeuner qui n'était qu'un prélude.

- Je suis déçue.

La princesse se releva des coussins pour allumer le narguilé qui siégeait face à un canapé longeant le mur. Le dos tourné, elle entendit gronder des glaires et l'éruption d'une quinte de toux.
Lorsque Dzaria se retourna, son attention fut fixée sur des napes de sang crachées par Célérion sur la table. Sa respiration fut bloquée. Un sinistre râle noyé dans la douleur et la salive fit écho à travers la pièce, sans que Dzaria ne bouge sur le moment. L'elonien convulsant n'eut le temps que de se saisir du verre de Dzaria encore plein pour le lancer sur cette dernière. Le verre se brisa contre le mur sans toucher la princesse, mais le cri de celle-ci attira Shandra jusque dans la pièce qui écarquilla les yeux de stupeur.



" Maitre Célérion !"

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Eris de Vorante

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MessageSujet: Re: Dzaria, la Mère Venin   Mar 3 Juin - 22:19




La chambre se voilait doucement de l'obscurité de la fin de la journée. Alors que le soleil languissant déclinait derrière l'horizon, Célérion gardait le dos soudé au fond du sofa. Son bras sur l'accoudoir effectuait les vas et viens interminables (je vous voir venir...) d'une coupe de vin abusivement portée depuis la table à ses lèvres. Cela était devenu son activité favorite depuis le début de sa convalescence au sein du manoir de sa cousine. Toujours accompagné de sa carafe de cristal régulièrement remplie, l'elonien n'avait guère l'esprit à la modération. Eh puis quoi ? Cela ne pouvait lui faire plus de mal qu'une tragique deception familiale. Si les capiteux plaisirs entrevus dans les remous pourpres du vin parvenaient à l'apaiser, cela lui était bien égal de paraitre alcoolique. Après tout, la dépression n'avait pas à se justifier. Une coupe, puis une autre, on inaugure la carafe suivante. Et derrière les champs, le soleil disparut.
La surface du canapé s'était recouvert de l'entierté du corps du vabbian. Le nez vers le plafond, de sa bouche émanait un souffle lourd. Ses paupières closes lui permettaient de s'évader en songes, où la dure réalité pouvait aller se faire voir. C'était un moment de repos, comme il en avait durement besoin depuis quelques jours.

La porte s'ouvrit lentement. La Lumière en provenance des bougeoirs mureaux d'argent pénétrait timidement à travers le petit espacement, depuis lequel un oeil attentif observait discrètement. L'entrée s'élargit et dans la pénombre de la pièce, la silhouette indéfinissable pénétra avec une carafe de vin sur un plateau après avoir refermé consciencieusement la pièce. Les ténèbres n'étaient de toute évidence pas pour arranger l'étranger. En s'avançant, il renversa le plateau porteur d'une carafe de vin sur le sol après s'être pris le pied dans une chausse trainant par là. Le fracas dans lequel la carafe se brisa suffit à arracher Célérion de son sommeil. Il se releva en sursaut et se pressa d'allumer une chandelle. S'est en tendant le bras vers l'intru qu'il reconnu le visage d'une femme accroupie, une main en sang taillée par un débris de verre.

"M-Myriam..?"

La vue de Célérion était encore peu habituée au faible éclairage de la pièce et son esprit était encore confus du plein de vin dont il s'était saoulé. La servante aux yeux noirs se redressa prestement et en fixant Célérion. Celui-ci semblait avoir grand mal à réaliser qui se tenait face à lui. Sans un mot, elle sortit de derrière son dos une arme à feu, une arme à feu d'un genre particulier. Son embout était muni d'un silencieux. Myriam leva les bras en tenant fermement l'objet léthal et le pointa en direction de Célérion. Ce dernier fut pris d'une stupeur telle qu'il sentait son poul se heurter à ses tempes. Il n'eut le temps de balbutier, qu'on entendit de l'autre côté de la porte.

"Monsieur Célérion ? Est-ce que tout va bien ?"

Dubois venait de toquer. Sans doutes que le bruit du verre éclaté l'avait attiré jusque là. L'elonien ne sut pas quoi répondre. Il allait le faire, à l'affirmative, lorsqu'il comprit que Myriam lui chuchotait :" Pas... un... mot..."
Célérion se tenait face à cette arme à la sécurité ôtée qui  pointait dangereusement vers lui. Ses yeux fixaient les doigts de Myriam, à l'affut de la moindre pression. Le majordome réitéra son action suite à l'inquiétude que lui suscitait ce silence planant mais il demeura sans réponse. Myriam entendait en même temps que Célérion :" J'entre, monsieur. " Et le cliqueti de la poignée suffit à la servante pour appuyer sur la détente. Le coup partit.

Dubois ouvrit la porte et ses sens se mirent en alerte. Son oreille fut percée par le cri de Célérion et sous ses yeux se tenait la responsable de cette agression. Le majordome n'eut le réflexe que de saisir le chandelier à côté de l'entrée et de frapper la tête de l'assaillante d'un coup sec. Sans autre forme de procès, il fut précis, impitoyable et efficace. Le sang jaillit de la boîte craniènne de Myriam et frappa le parquet de son corps ramolli.

Dubois appela :"CHANTALE ! APPELEZ UN MEDECIN !"

Ce n'est pas Chantale qui répondit, mais un valet en faction à l'étage :" J'y vais tout de suite !"

Le majordome se rua sur Célérion couché sur le dos et écarta sans attendre les pans de sa robe de chambre qui couvraient son thorax. Outre une emprunte laissée par le projectil, aucune perforation n'était visible et l'elonien respirait toujours.




à suivre...
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MessageSujet: Re: Dzaria, la Mère Venin   Mer 4 Juin - 16:37


65 Phénix 1327 Ap.E., Quartier d'Ossa...


Ce sont les premières lueurs de l’aube qui, en caressant tièdement la peau basanée de son visage, tirèrent Faraï Al Farhistan hors de ses songes. La Fille de Vabbi avait perdu l’habitude de se réveiller avec l’astre solaire. Depuis quelques jours à peine, elle prenait un plaisir délectable à demeurer paresseusement dans la tiédeur des draps durant des minutes interminables, parfois des heures. La présence du kournan massif et assoupi contre lequel elle était blottie n’était pas sans la laisser indifférente. La joue de la jeune femme était échouée sur le pectoral gauche du guerrier qui oscillait nonchalamment au gré de son souffle régulier et paisible. Faraï demeura de longues minutes immobile, renouant avec la réalité, bercée par la douce mélodie du cœur de Dastan. Elle tourna son regard émeraude vers le Maréchal et contempla la sérénité, mais à la fois le sérieux, qui émanait de son visage.

Comme souvent lorsqu’elle se réveillait, l’esprit de l’élonienne vagabondait à mille et une pensées : Combien elle l’aimait depuis le commencement ; l’avenir qui les attendait ensemble ; les épreuves qu’il faudrait franchir pour y parvenir ; la guerre qui s’était déclenchée au sein de son clan. Elle songea à sa bien-aimée Mère, et à Célérion, se demandant s’ils allaient bien. Elle expira lentement un souffle long d’inquiétude. Faraï allait devoir s’armer de patience et de vigilance face à la guerre qui allait exiger d’elle subtilités, intrigues et doigtés. Dans le cas contraire, le pire pouvait être envisagé. A ses yeux, cela s’apparentait aux jeux de la Cour, perfides, discrets, et non moins pernicieux. Le jeu des masques de Lyss, l'être et le paraître qui se distillaient dans cette bataille allait créer l’élixir de la victoire...

L’élonienne demeura quelques instants, réfléchissant à ce qu’elle savait de la manière dont le thé de son auguste Mère avait été empoisonné. Elle imagina comment Shandra avait fait irruption dans la pièce pour porter secours à Célérion. La princesse marchande secoua imperceptiblement sa tête avec une moue dubitative. Si sa Mère avait projetée d’éliminer son cousin, Faraï jugeait qu’elle aurait eu l’intelligence, et la présence d’esprit, d’inviter Célérion à boire le thé dans un espace inaccessible. Plus elle y pensait, et plus elle avait le sentiment que l’individu derrière tout ça voulait s’en prendre à Célérion, tout en salissant le nom de Dzaria Al Farhistan. Mais qui… ? Elle songea à Dastan, qui avait promis de faire de son mieux pour l’aider vaillamment. Et se dit qu’il ne serait pas de trop.

Tisonnée par les nuances d’éclats dorés qui inondaient peu à peu la pièce, Faraï affronta sa langueur et glissa hors du lit discrètement. Complètement nue, la silhouette gracile et la démarche féline, elle gagna le paravent aux arabesques éloniennes qui était installé dans la chambre. D’un geste vif de la main, elle enfila une robe de chambre de satin pourpre et or, que la bienveillante Shandra avait disposée pendant leur absence. Promptement et avec un soin de l’ordre du maniaque, elle coiffa ses cheveux à l’aide de la broche reptilienne et dorée que lui avait offert sa Mère lors de son premier mariage.

La jeune femme descendit l’escalier à pas feutrés, après avoir refermé silencieusement la porte de sa chambre. Dans son sillage flottait l’évocation d’une fragrance de jasmin, délicate, enivrante et envoûtante. A cette heure matinale, la demeure Al Khazar sommeillait encore paisiblement. Ce qui était prodigieux compte tenu des personnes qui y vivaient. La Vabbianne murmura alors de sa voix aux sonorités exotiques et légèrement chantante :

-Shandra ? Shandra ? L’appela-t-elle. Shandra, es-tu là ?

-Maîtresse, répondit l’odalisque en sortant de nulle part, s’inclinant respectueusement.

L’étrange aptitude de l’humble femme à se manifester chaque fois qu’elle en exprimait le souhait n’avait jamais intriguée Faraï. La Belle (ouais bon ça va.) gratifia Shandra d’un sourire aimant et chaleureux, comme ravie de la voir à ses côtés.

-Apporte-moi de quoi écrire, tu vas délivrer trois messages dans le plus grand secret.
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